LA DÉPÊCHE DU CCAPL – 22 avril 2022

Le jour de gloire est arrivé ?

Ça y est, nous approchons à grands pas du second tour qui aura lieu ce dimanche ! Si ces élections présidentielles sont à même de redessiner le visage de la France, elles auront sans conteste – au travers de la future politique étrangère de l’Hexagone – un impact sur le monde arabe. Mais quel sera-t-il ? Focus sur ces régions orientales qui attendent le verdict des urnes !

Au Maghreb, tout d’abord, on appréhende les politiques répressives en matière d’immigration et d’octroi de visas. Algériens, Tunisiens et Marocains confient n’avoir aucune illusion sur les deux finalistes de la présidentielle française (Voir l’article de Maryline Dumas, Yasmine Marouf Araibi & Rachid Bouanani) :

« Je pense que l’un comme l’autre [Macron comme Le Pen] va progressivement fermer la France à l’immigration. Ces cinq prochaines années, les musulmans se feront encore taper dessus » – Amine, un Algérois de 32 ans.

Pour rappel, la politique d’octroi des visas par la France à l’égard du Maroc, mais aussi de l’Algérie et de la Tunisie, avait d’ores et déjà été durcie en septembre 2021 ; ceci avait pour objectif de faire pression sur ces derniers afin qu’ils reprennent leurs ressortissants en situation irrégulière sur le territoire français.

Au Liban aussi, ce deuxième tour sera suivi par la population, étant donné que  de nombreux Libanais ont acquis la nationalité française (sur les quelques 19.000 personnes appelées aux urnes au Liban pour le premier tour, 80 % étaient des binationaux) :

 « Les Libanais suivent les affaires en France, et particulièrement les présidentielles, pour une raison très simple : ils savent que le profil du chef de l’État a une incidence claire sur la situation de leur pays. » – Michel Touma, cofondateur et directeur de la rédaction du média Ici Beyrouth.

Tracts électoraux pliés des deux finalistes du premier tour de la présidentielle française : à gauche, celui d’Emmanuel Macron, à droite, celui de Marine Le Pen. © AFP & Nicolas Tucat

Une victoire de Marine Le Pen pourrait en effet changer la donne dans la région : elle n’a en effet jamais caché son soutien à la Russie,à la Syrie ou encore à la Chine (Voir l’article de Laurent Perpigna Iban). Une telle politique extérieure modifierait l’ « équilibre instable » de la région levantine.

Ce qui nous amène logiquement au cas de la Syrie. Comme ce fut évoqué plus haut, le résultat du scrutin sera vraiment décisif pour les relations entre les deux pays : Marine Le Pen en appelle à la reprise des relations diplomatiques avec la Syrie, en utilisant l’argument selon lequel le président Assad serait un rempart contre l’extrémisme violent (Voir l’article de Middle East Eye).

Pour Israël et la Palestine, le futur résident du palais de l’Élysée sera tout aussi important. En tant que partenaire de la France, ceux-ci attendent la ligne directrice qui sera soutenue par l’Hexagone les concernant : solution à deux états, combat contre le terrorisme, … Middle East Eye revient sur les positions des différents candidats (Voir l’article de Laurent Perpigna Iban); l’Orient XXI, quant à lui, relaye le virage pro-israélien de Marine Le Pen (Voir l’article de Jean Stern) et la fascination d’Emmanuel Macron pour cette “start up nation” (Voir l’article de Jean Stern).

Pour clore cette « Une », une image vaut mieux que mille mots : l’artiste français Jaëraymie a réinterprété les affiches des candidats à la présidentielle, d’après leurs idées et leur biographie, afin de créer des portraits alternatifs.

Pendant ce temps, Israël et la Palestine …

Toujours à propos du conflit israélo-palestinien, l’attaque des forces israéliennes contre les fidèles palestiniens à l’intérieur de la mosquée al-Aqsa à Jérusalem-Est occupée suscite l’émotion. Au moins 152 Palestiniens ont été blessés par les forces israéliennes qui ont tiré des balles en acier recouvertes de caoutchouc, des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes lors d’une offensive menée le 15 avril à l’aube. Le raid a commencé peu après la fin des prières de l’aube, à environ 5 h 30 (heure locale), et a duré jusqu’à environ 9 h 30. Des secouristes, journalistes, volontaires de la mosquée et des femmes ont été visés, selon les informations des médias palestiniens. (Voir l’article sur MiddleEastEye.net)

En Jordanie, le roi Abdallah II a donc décidé d’intensifier ses efforts pour mettre fin à l’hostilité israélienne envers les fidèles palestiniens de la mosquée Al-Aqsa. Lundi, le souverain s’est entretenu avec le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, le prince héritier d’Abu Dhabi, cheikh Mohammed ben Zayed al-Nahyane, le président du Conseil européen, Charles Michel, l’émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad al-Thani et le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. Le ministre jordanien des Affaires étrangères, Ayman Safadi, a annoncé la convocation de l’ambassadeur d’Israël et déclaré : «Nous avons convoqué l’ambassadeur israélien, et nous convoquerons aussi le chargé d’affaires pour lui faire part de notre message ferme et clair qui condamne les actions israéliennes». (Voir l’article sur ArabNews.fr)

Un Palestinien priant devant la mosquée du Dôme du Rocher, dans l’enceinte de la mosquée Al-Aqsa, dans la vieille ville de Jérusalem. © AFP

Le conflit israélo-palestinien ne laisse pas non plus le Maroc indifférent. Le roi du Maroc, Mohammed VI, tente donc de trouver l’équilibre entre sa présidence du Comité al-Qods et son partenaire israélien. Rabat a publié le samedi 16 avril un communiqué pour condamner « lagression flagrante » des « forces doccupation israéliennes » sur l’esplanade des Mosquées à Jérusalem-Est occupée. Au Maroc, il est entendu que Jérusalem « est une ligne rouge », pour reprendre les termes du Parti de la justice et du développement (PJD, islamistes). En février 2020, l’intellectuel Abdelwahab Rafiki rappelait dans Middle East Eye que le Maroc avait toujours soufflé le chaud et le froid sur la question palestinienne : «Dun côté, le Maroc est un pays arabe et musulman, qui préside en plus le Comité Al-Qods, sachant que la cause palestinienne bénéficie dun large soutien populaire au Maroc. De lautre, le royaume a de bonnes relations avec les différentes puissances internationales quil veut maintenir sachant que l’épineux dossier du Sahara [occidental] a besoin dun soutien international» (Voir l’article sur MiddleEastEye.net)

Rabat « considère que cette agression flagrante et cette provocation méthodique durant le mois sacré du Ramadan ne feront quattiser les sentiments de haine et dextrémisme et réduire à néant les chances de relance du processus de paix dans la région ». © AFP

À propos des femmes …

Liban : La représentation des femmes, un enjeu des prochaines élections. En amont des législatives du 15 mai, dans un Liban souffrant d’un manque criant de participation des femmes à la vie politique, directrices d’ONG, activistes et candidates se mobilisent pour plus de parité. Alors qu’en 1953, le Liban a été l’un des premiers pays arabes à donner aux femmes le droit de vote et de participation à la vie politique, les dernières décennies se sont révélées particulièrement rétrogrades en la matière. (Voir l’article sur MiddleEastEye.net)

Des Libanaises protestent contre la paralysie politique du pays et la profonde crise économique à Beyrouth à l’occasion de la fête des mères, le 20 mars 2021. © AFP & Anwar Amro

Jordanie : Contre les féminicides et les inégalités, des Jordaniennes explosent les tabous. Grâce notamment à des campagnes dans les médias et les réseaux sociaux, des activistes commencent à briser le silence autour des violences faites aux femmes en Jordanie. Les décisions politiques ne sont malheureusement pas à la hauteur des attentes (comme vous l’aviez déjà vu dans une de nos précédentes dépêches). Une image vaut mille mots : au cœur d’Amman, un portrait recouvre toute la façade d’un immeuble de huit étages. La phrase calligraphiée en arabe, répétée plusieurs fois est : « Que tes yeux soient accrochés au sommet des montagnes ». L’œuvre a été réalisée par Miramar Muhd et Dalal Mitwally dans le cadre d’une campagne lancée par les Pays-Bas en 2019 pour sensibiliser aux violences contre les femmes. La Jordanie est alors choquée par une terrible agression : un homme vient d’arracher les yeux de sa femme qui tentait de le quitter, après des années de violence, à Jerash, une ville au nord de la capitale. (Voir l’article sur MiddleEastEye.net)

© TheNationalNews.com – Courtesy Muhammad Emad

Palestine : Les femmes palestiniennes et la souveraineté territoriale. Elles réclament le droit au retour des réfugiés palestiniens sur les terres dont ils ont été déplacés, le droit à la souveraineté territoriale et l’accès aux terres. L’armée d’occupation et les colons empêchent des milliers d’agriculteurs d’accéder à leurs cultures, de les cultiver et d’en tirer profit. Ces cultures sont également exposées aux attaques des colons qui brûlent et détruisent les arbres et les plantations sur leur passage. Par leur persévérance à cultiver la terre coûte que coûte, la lutte des femmes palestiniennes pour la terre est également une lutte pour se débarrasser du colonialisme.  (Voir la traduction de l’article de Khitam Saafin sur Capiremov.org)

© Werner Anderson

En vrac dans le Monde Arabe et au Moyen Orient…

Liban : Course contre la montre pour une sortie du gouffre financier. Dans un Liban en pleine crise économique et embourbé dans le mal-vivre depuis des années, quelques annonces au sujet de l’avancée des négociations avec le Fonds monétaire international amènent enfin une perspective de sortie. L’accord de principe avec la redoutable institution internationale a donc été accueilli favorablement par les trois principaux dirigeants du pays (le chef de l’État, le chrétien Michel Aoun, le président du parlement chiite Nabih Berri et le premier ministre sunnite Nagib Mikati). En revanche, c’est plutôt le scepticisme qui est au rendez-vous au sein de la population et la classe politique… (Voir l’article sur l’OrientXXI.info

Beyrouth, palais présidentiel de Baabda, 30 mars 2022. Le président libanais Michel Aoun en réunion avec la délégation du FMI. © Dalati and Nohra, AFP

Yémen : La fin de la guerre paraît enfin en vue. L’OrientXXI revient sur l’analyse de la situation par Helen Lackner, spécialiste du Yémen. Le cessez-le-feu proclamé le 2 avril 2022 étant largement respecté ainsi que le remplacement du président corrompu Abd Rabbo Mansour Hadi par un Conseil présidentiel cinq jours plus tard constituent des avancées décisives dans le règlement de la guerre du Yémen. Ils ont également des répercussions sur les efforts des Nations unies pour mettre un terme à ce conflit ainsi que sur les décisions des dirigeants de la coalition anti-houthistes. Une fois de plus, cela démontre que la guerre civile internationalisée du Yémen ne peut se résoudre qu’en activant des leviers politiques nationaux et des pressions internationales… (Voir l’article sur l’OrientXXI.info)

Riyad, 7 avril 2022. Le prince héritier saoudien Mohamed Ben Salman accueille Rashad Al-Alimi, président du nouveau Conseil présidentiel – SPA/AFP

Algérie : un concert à côté d’une mosquée déclenche la polémique. L’imam d’une mosquée de Kabylie s’est insurgé contre la tenue d’un gala tout près de l’édifice religieux. Un élu de M’Chedallah témoigne : « Le gala a été lancé à 22 h 24. Tout se passait dans la tranquillité et sans le moindre incident. À minuit, nous avons entendu du Coran [des haut-parleurs de la mosquée adjacente à la place centrale où se tenait le gala] ensuite [limam] a proféré des insultes. Il a notamment traité les présents de racaille et dirréligieux et un tas dautres insultes ». (Voir l’article sur MiddleEastEye.net)

Tunisie : Un calendrier politique chargé en matière de réforme est mis en place en Tunisie : le 25 juillet 2022 sera organisé un référendum sur les réformes constitutionnelles et le 17 décembre sera la date des élections législatives anticipées. Or, cette volonté apparente de changement ne semble en rien limiter les pleins pouvoirs du président Kais Saïed mais surtout contredit le discours officiel (Voir l’article Éric Gobe).

2 thoughts on “LA DÉPÊCHE DU CCAPL – 22 avril 2022”

  1. Merci pour ce tour d’horizon sur les progrès espérés (Liban – Yemen) et recul devenu honteusement habituel à Jérusalem et dans la Cisjordanie. Ainsi que les enjeux des élections françaises.

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