LA DÉPÊCHE DU CCAPL – 11 JUIN 2021

Les enfants palestiniens et le « syndrome de Gaza »

Ce week-end, nous célébrerons la fête des pères ! Une fête qui rassemble les générations et les familles. Il est de tradition que les écoliers s’appliquent à préparer un petit bricolage ou à retenir un poème pour leur cher papa. Mais ça, c’est chez nous … Dans d’autres parties du monde, les enfants ont moins le cœur à la fête…

Le « syndrome de Gaza », voilà ce sur quoi les professionnels de la santé mentale doivent aujourd’hui travailler : des enfants souffrant de stress post-traumatique, d’angoisses, de dépression, de peur de l’avenir, …

Source : iStock

 (À cette occasion, nous nous permettons de vous rappeler qu’un des bénéficiaires de notre appel aux dons est au centre Cultural, Educational and Training Centre de Soutien Psychologique aux enfants traumatisés à Beit Lahia, Gaza)

Si l’on se rappelle que les enfants sont les citoyens de demain, on comprend vite à quel point la situation est dramatique ! Il s’agit en effet d’une génération qui va grandir avec les lourdes séquelles d’une enfance vécue sous une pluie de bombes.

Source : Pixabay

Les plus âgés – adolescents et jeunes adultes – n’entendent pas se résigner et ce, malgré la menace d’arrestations et d’emprisonnements arbitraires pratiqués par l’État d’Israël (Voir l’article de Defense for Children International Palestine). D’enfants ayant connu la guerre, cette nouvelle génération a décidé de se faire entendre, comme nous l’explique Hanan Ashrawi (femme politique et militante des droits humains, membre du Comité exécutif de l’organisation de libération de la Palestine).

Grâce aux réseaux sociaux, cette jeunesse palestinienne a réussi à rendre public le quotidien de la population de Gaza et des territoires occupés. En filmant, en postant, en twittant, … leur réalité de ségrégation et de violence a éclaté aux yeux du monde ! À tel point que de nombreuses marques de soutien ont fleuri sur tous les continents :

Peut-être la Palestine va-t-elle trouver en sa jeunesse, la force pour renaître et continuer le combat. Si la solution à « deux États » semble définitivement enterrée, la coexistence ou la cohabitation (Voir l’article d’Entre les lignes et les mots) demandera à ces nouvelles générations encore beaucoup de courage et de conviction ! D’autant que l’horizon ne s’est pas éclairci : la possible arrivée au pouvoir de Naftali Bennett (Voir l’article de Sylvain Cypel), leader du parti Yamina (mouvance coloniale la plus active d’un sionisme religieux aux forts accents mystiques),  ne laisse pas présager des assouplissements dans la politique israélienne et ce, malgré la présence d’un « arabe » dans sa coalition (Voir l’article de Rami Younis)…

Jeunes filles en tenues traditionnelles palestiniennes, lors de l’évènement « la culture palestinienne à Liège », en juin 2015
Source : contribution de Anne-Marie El Najjar-Ghizzi

En vrac dans le reste du monde arabe …

Éthiopie, Soudan & Égypte : la crise du barrage de la Renaissance, retour sur la limitation du Nil bleu et la sécheresse de terres agricoles (Voir l’article de Tamim Heikal).

Irak : Le corps des femmes comme un champ de bataille, récit d’irakiennes ayant connu  violences et des régressions considérables de leurs droits (Voir l’article de Rachida El Azzouzi).

Liban : À Chatila (camp de réfugiés palestiniens), la mort de 250 Palestiniens à Gaza résonne particulièrement (Voir l’article de Victoire Radenne).

Lettre blanche contre l’apartheid…

Depuis le début du mois de mai, des Palestinien.ne.s sont attaqué.e.s et tué.e.s en toute impunité par des soldat.e.s et des civils israélien.ne.s armé.e.s qui sillonnent les rues de Jérusalem, Lydda, Haïfa, Jaffa et d’autres villes d’Israël en scandant « Mort aux Arabes ». Plusieurs Palestinien.e.s, vulnérables et sans arme, ont été lynché.e.s au cours des deux dernières semaines. Des familles du quartier de Cheikh Jarrah à Jérusalem ont été expulsées de chez elles et déplacées de force. Ces actes violents — meurtre, intimidation et expropriation — sont commis sous la protection, voire avec la bénédiction du gouvernement israélien et de sa police.

En mai, le gouvernement israélien a commis un massacre à Gaza, bombardant indifféremment et sans relâche les Palestinien.ne.s dans leur maison, leurs bureaux, leurs hôpitaux et leurs rues. Le bombardement de Gaza fait partie d’une stratégie délibérée et récurrente : des familles entières sont décimées et les infrastructures locales détruites, aggravant des conditions déjà invivables dans l’un des espaces les plus densément peuplés de la planète, malgré le cessez-le-feu. Gaza n’est pas un pays à part. Nous sommes un seul peuple, séparé de force par l’architecture de l’État israélien.

Il est faux et trompeur de présenter cette situation comme une guerre entre deux parties égales. Israël est la puissance colonisatrice. La Palestine est colonisée. Il ne s’agit pas d’un conflit, mais bien d’un apartheid.

Face au danger mortel encouru ces dernières semaines, les Palestinien.ne.s s’unissent à nouveau. En Palestine et dans le monde entier, des citoyen.ne.s descendent dans les rues, s’organisent sur les réseaux sociaux, défendent leur maison, se protègent mutuellement et exigent la fin du nettoyage ethnique, de l’apartheid, de la discrimination et de l’expropriation. Nos communautés ont été systématiquement et brutalement fragmentées et effacées depuis la Nakba, le début de la colonisation israélienne en 1948, mais ce récent rassemblement nous donne courage et confiance. Ces sentiments sont essentiels pour porter la rage et le chagrin que nous ressentons ces deux dernières semaines. Naît en nous, en dépit de ces années de déshumanisation, un véritable espoir.

Le monde commence enfin à nommer le système israélien par son nom. Au début de cette année, l’organisation israélienne de défense des droits humains B’Tselem a suivi l’exemple donné par des décennies de travail intellectuel et légal palestiniens en réitérant qu’il n’y a pas de séparation entre l’État israélien et l’occupation militaire : les deux forment un seul système d’apartheid. Human Rights Watch, à son tour, a publié un rapport détaillé accusant Israël de « crimes contre l’humanité d’apartheid et de persécution. »

Nous, soussigné.e.s artistes, écrivain.e.s et créateur.ice.s palestinien.ne.s, et nos allié.e.s du monde de la culture nommé.e.s ci-dessous, nous vous demandons de nous rejoindre. Faites que ce moment ne soit pas vain. Si les voix palestiniennes sont à nouveau réduites au silence, il faudra peut-être attendre des générations pour qu’un autre espoir de liberté et de justice se présente. Nous vous demandons de nous rejoindre maintenant, à ce moment critique, et de manifester votre soutien public à la libération de la Palestine.

Nous exigeons l’arrêt immédiat et inconditionnel de la violence israélienne contre les Palestinien.ne.s. Nous appelons à la fin du soutien apporté par les puissances mondiales à Israël et à son armée ; en particulier par les États-Unis, qui fournissent au pays une aide financière, à hauteur de 3,8 milliards de dollars par an, sans conditions. Nous demandons à tou.te.s d’aider, dans la mesure où il leur est possible, à démanteler ce système d’apartheid. Nous demandons à tous les gouvernements qui permettent ce crime contre l’humanité de mettre en place des sanctions, de mobiliser les instances internationales de responsabilité, et de mettre un terme à leurs relations commerciales et économiques. Nous appelons les activistes et citoyen.ne.s, et tout particulièrement nos pairs dans les arts, à encourager dans la mesure du possible leurs institutions et leurs localités, à soutenir au mieux la lutte palestinienne pour la décolonisation. L’apartheid israélien est stimulé par la complicité internationale. Il en va de notre responsabilité collective de réparer ce mal.

Nous avons constaté que les gouvernements en Europe et au-delà ont mis en place des politiques de censure, et encouragé une culture de l’autocensure concernant la solidarité avec les Palestinien.ne.s. Or, il est cynique de confondre toute critique légitime de l’État d’Israël et de ses politiques envers les Palestinien.ne.s avec de l’antisémitisme. Le racisme, dont l’antisémitisme et toutes les formes de haine, nous sont odieux et ne sont pas les bienvenus dans notre lutte. Il est temps de s’opposer à ces tactiques de silenciation et de les surmonter. Des millions de personnes à travers le monde voient dans les Palestinien.ne.s un microcosme de leur propre oppression et de leurs espoirs, et des alliés tels que Black Lives Matter et Jewish Voice for Peace, ainsi que des militant.e.s des droits des peuples autochtones, des féministes et des mouvements queer, parmi beaucoup d’autres, expriment de plus en plus leur soutien.

Nous vous demandons de faire preuve de courage. Nous ne savons que trop bien, par expérience personnelle, combien il peut être difficile de se dresser contre cette injustice persistante.

Il faut que l’apartheid soit démantelé. Nul.le d’entre nous n’est libre, tant que nous ne sommes pas tou.te.s libres.

Si cette cause vous paraît importante, n’hésitez pas à ajouter votre signature à cette lettre

en cliquant ici

Le mot de la fin !

Le CCAPL, en tant qu’acteur culturel ayant été frappé de plein fouet par les différents confinements, souhaite soutenir le nouveau documentaire de Yves Dorme (rencontre avec la RTBF): « s’appauvrir ».

Il sera diffusé lundi 14 juin à 22h25 sur La Trois dans l’émission Regard sur et à revoir sur Auvio.

Si nous nous estimons chanceux d’avoir pu traverser cette période sombre ainsi que de pouvoir vous retrouver à la rentrée, nous savons pertinemment que cette « année covid » laissera des traces …

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