LA DÉPÊCHE DU CCAPL – 29 avril 2022

#JE_NE_BOUGE_PAS

Des photos de Palestiniens impassibles face aux raids israéliens à al-Aqsa font le tour de la toile. Alors que les images des violents raids israéliens contre la mosquée al-Aqsa dominent les réseaux sociaux palestiniens depuis plusieurs jours, une tendance parallèle se démarque. Les internautes partagent via le hashtag #Je_ne_bouge_pas des photos de Palestiniens, pour la plupart âgés, qui restent assis en signe de défi sur le site de la mosquée alors que les forces israéliennes frappent les fidèles à coups de matraque et les attaquent avec du gaz lacrymogène, des grenades assourdissantes et des balles en acier recouvertes de caoutchouc. (Voir l’article sur MiddleEastEye.net)

Les photos montrent des Palestiniens, pour la plupart âgés, qui restent assis en signe de défi sur le site de la mosquée al-Aqsa. © Twitter

Les incursions dans le complexe de la mosquée al-Aqsa ont cependant commencé bien avant l’attaque du 15 avril dernier (dont nous vous parlions dans notre précédente dépêche).  Elles ont débuté il y a longtemps, dès l’occupation israélienne de la partie est de la ville en 1967, en plus de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, et n’ont pas cessé d’augmenter avec le temps. (Voir l’article sur MiddleEastEye.net)

Depuis que la seconde Intifada a commencé à s’estomper en 2005, on entend régulièrement qu’une troisième Intifada a commencé ou va commencer. Les évènements récents ont bel et bien montré une hausse des violences et de la létalité dans ce conflit qui couve depuis des années. Ils n’ont cependant pas engendré de soulèvement palestinien général comparable aux deux intifadas. La prudence est donc de mise avant de déclarer que nous sommes au bord d’une troisième intifada. (Voir l’article sur MiddleEastEye.net)

Le reste du Monde a, par conséquent, les yeux rivés sur le conflit israélo-palestinien. Le Hamas a été contacté 150 fois en 48 heures. Les médiateurs internationaux tentent d’éviter une guerre dans la bande de Gaza suite aux raids israéliens en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Des pays tiers (notamment les États-Unis) multiplient les efforts diplomatiques. Le missile tiré depuis Gaza lundi n’a évidemment pas contribué à une amélioration de la situation. Israël avait réagi quelques heures plus tard par des frappes aériennes visant des sites du Hamas. Les récents évènements font craindre l’effondrement de la médiation qui a, jusqu’à présent, réussi à préserver l’enclave de tout engagement direct malgré les tensions accrues ailleurs. Le journaliste et analyste politique Thabet al-Amour est persuadé que ni Israël, ni les factions armées à Gaza ne veulent se lancer dans une guerre pour l’instant et que les chances qu’un conflit éclate sont minces à moins que des événements sans précédent ne se produisent sur le terrain.(Voir l’article sur MiddleEastEye.net)

Une chose est sûre, l’apartheid israélien (dont même la dénomination est sujette à controverses) risque d’encore faire parler de lui au cours des prochaines semaines. Ajoutons à cela que, ce mercredi 27 avril, quatre soldats syriens ont été tués par une frappe israélienne près de Damas. Depuis le début de la guerre en Syrie en 2011, Israël a mené des centaines de frappes aériennes chez son voisin, ciblant des positions de l’armée syrienne, des forces iraniennes et du Hezbollah libanais. L’Etat hébreu commente rarement ses frappes contre la Syrie mais affirme qu’il ne permettra pas à l’Iran d’étendre son influence en Syrie. Une sombre période semble donc s’annoncer… (Voir l’article sur RTBF.be)

Considérée comme le troisième lieu saint de l’islam, la mosquée al-Aqsa à Jérusalem est également un symbole de la nation palestinienne et son histoire remonte à plus de 1 300 ans. [Plusieurs vitraux visibles ici] © AFP

« Contre nous de la tyrannie »

Samedi 24 mai 2022 à 20h était annoncé le nom du vainqueur du second tour de la présidentielle française : Emmanuel Macron reste donc au Palais de l’Elysée pour un quinquennat supplémentaire. Certains pays du Monde Arabe ont d’ores et déjà tenu à féliciter le président réélu : c’est le cas, par exemple, du roi Salmane d’Arabie saoudite et de son fils, le prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS) (Voir l’article d’Arab News).

Les strass et les paillettes de son discours sur le Champs-de-Mars ne doivent cependant pas faire oublier les divisions profondes exprimées lors de cette campagne. 58,54% contre 41,46%, certes une victoire pour le candidat Macron mais une défaite pour la France : il s’agit en effet du plus important score de l’extrême droite à une élection présidentielle depuis le début de la Ve République, en 1958 (Voir l’article de Middle East Eye). Le taux d’abstention est, lui-aussi, extrêmement élevé : 28,01%, correspondant à un taux inédit pour un second tour depuis 1969 (31,3 %). Une ambiance de demi-victoire qui laisse présager un « troisième tour » lors des législatives du mois de juin.

Quant à sa politique étrangère dans le Monde Arabe, elle devrait sensiblement rester la même : entre vente d’armes, autoritarisme et statut quo, Middle East Eye revient sur les différents dossiers diplomatiques dont devra s’occuper Emmanuel Macron durant ce second mandat (Voir l’article de Adlene Mohammedi).

En vrac dans le Monde Arabe et au Moyen Orient…

Algérie : Qui sont les harkis? Le 23 février 2022, la France a promulgué une loi portant reconnaissance de la nation envers les harkis et réparation des préjudices qu’ils ont subis « du fait de l’indignité de leurs conditions d’accueil » en France, à la suite des accords d’Evian du 19 mars 1962. Alors que l’Algérie célèbre cette année le soixantième anniversaire de son indépendance, l’histoire de ces supplétifs demeure un des principaux enjeux de mémoire collective liés à la guerre d’indépendance algérienne. (Voir l’article sur l’OrientXXI.info)

Mais, en Algérie, c’est aussi le pouvoir d’achat qui inquiète ! Une étude menée par le Syndicat algérien des travailleurs de l’éducation et de la formation (SATEF) révèle qu’en 25 ans, les salariés algériens ont perdu 60 % de leur pouvoir d’achat (Voir l’article d’Ali Boukhlef). Basé sur un tableau comparatif des prix et des salaires de 1995 à 2021, cette étude nous apprend que les salaires d’avant permettaient d’acheter beaucoup plus de produits et services que maintenant.

Dans certains marchés d’Alger, la tomate s’achète à 150 dinars (0,77 €) le kilo. Il y a cinq ans, elle se trouvait encore à 50 dinars. © AFP & Ryad Kramdi

Irak : L’activité humaine et le changement climatique ont tué le lac Sawa. Dans le sud du pays, si la hausse des températures a des conséquences désastreuses sur l’environnement, les activistes pointent également du doigt l’inaction de l’État irakien et s’inquiètent pour le futur… (Voir l’article sur l’OrientXXI.info)

Une vue aérienne du lac Sawa, dans le sud de l’Irak, désormais totalement asséché. © AFP & Asad Niazi

Liban : À la suite du retrait de l’ancien Premier ministre Saad Hariri de la vie politique, d’autres dirigeants sunnites se disputent désormais les voix éparpillées de ses partisans. Tandis que de nombreux experts prédisent que le vide politique laissé par Saad Hariri sera comblé par des dirigeants régionaux, d’autres considèrent sa décision comme une manœuvre politique visant à remodeler les résultats des élections et, par conséquent, faire pression sur Riyad. (Voir l’article sur l’OrientXXI.info)

Libye : Le pays dispose actuellement de deux gouvernements parallèles, deux administrations : l’une à Tripoli dirigée par le Premier ministre Abdul Hamid Dbeibah, et l’autre par Fathi Bashagha, ancien ministre de l’Intérieur qui a été élu Premier ministre par le Parlement, basé à l’est, en février (Voir l’article de LeMondeArabe.fr). Ce dernier a déclaré : « L’ère de la corruption, du chaos et du despotisme est révolue. Ce jour marque le début d’une nouvelle ère nationale où tous les Libyens s’uniront pour réaliser la réforme, la reconstruction et la justice ».

Malgré la signature d’un cessez-le-feu sous l’égide de l’ONU fin 2020, les tensions ne cessent d’augmenter dans la faisant craindre un retour des combats dans la région.

Sahara Occidental : Le Sahara occidental fait à nouveau parler de lui cette semaine. Outre les tensions diplomatiques entre l’Espagne et l’Algérie, il est cette fois question de violences policières.

Middle East Eye a recueilli le témoignage de deux sœurs militantes, s’opposant à la présence marocaine dans la région. Celles-ci affirment avoir été suivies et frappées par les forces de polices, comme leurs ecchymoses semblent le confirmer (Voir l’article de Alex MacDonald).

Selon la Ligue pour la défense des droits de l’homme et contre le pillage des ressources naturelles, une autre militante – Sultana Khaya – a quant à elle subi des agressions sexuelles répétées de la part de policiers à son propre domicile. Peu d’informations sont actuellement disponibles sur la suite qui sera donnée à cette affaire inquiétante !

Soudan : Situation toujours instable au Soudan ! Près de cinq mois après le coup d’État militaire du 25 octobre, le pays a connu des manifestations et des répressions violentes. Aujourd’hui, la population est plus que jamais en souffrance … Le Programme alimentaire mondial (PAM) a récemment mis en garde le fait que plus de 18 millions de personnes, soit plus de 40 % de la population soudanaise, devraient souffrir gravement de la faim d’ici septembre (Voir l’article de Magdi El Gizouli)!

Moyen-Orient : À l’heure de la montée des extrêmes, un livre pour enfants publié par l’Oxford University Press est retiré du marché en raison d’allégations d’islamophobie (Voir l’article d’Arab News). Ce livre retraçant l’histoire d’enfants voyageant par magie dans un pays étranger illustre des stéréotypes sur Moyen-Orient : par exemple, le souk y est décrit comme « effrayant » et les personnages musulmans locaux sont jugés « inamicaux ».

Dessin du livre The Blue Eye. © Photo, Twitter

L’ouvrage a très vite essuyé beaucoup de critiques sur internet :

« Les gens ont subi un lavage de cerveau dès leur plus jeune âge pour rester loin des musulmans, étiquetés comme des personnes effrayantes », selon un conseiller en diversité.

Mais aussi…

Pour conclure cette dépêche sur une note plus optimiste, voici une étonnante fête interreligieuse en Égypte : Cham el-Nessim. Cette fête nationale remonte aux traditions pharaoniques, soit environ 2 700 ans avant notre ère. Les anciens Égyptiens offraient du poisson salé et d’autres aliments à leurs dieux à l’occasion de l’équinoxe de printemps. 

Les Égyptiens de toutes religions et classes sociales se réunissent donc chaque année pour accueillir le printemps avec la fête de Cham el-Nessim, qui signifie « parfum de la brise ». La célébration se tient le lendemain de la Pâque copte et tombait donc le lundi 25 avril cette année. Chez les Églises occidentales, Pâques a généralement lieu entre le 22 mars et le 25 avril, conformément au calendrier grégorien. Cependant, les chrétiens coptes fêtent Pâque selon le calendrier julien. Familles et amis ont à nouveau accueilli le printemps en se rassemblant pour des pique-niques en plein air, dans les jardins et les parcs et même sur les rives du Nil. Peindre et décorer des œufs durs font aussi partie des traditions de Cham el-Nessim. Voilà une belle manière de célébrer ce qui nous rapproche! (Voir l’article sur l’OrientXXI.info)

Des enfants décorent des œufs à Mansourah, ville sur le delta du Nil, pour symboliser le renouveau. © AFP

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